Ocean Cleanup cible les rivières pour enrayer la pollution plastique mondiale. Boyan Slat a une stratégie claire : stopper le plastique à la source. Le fondateur néerlandais de The Ocean Cleanup affirme qu’intercepter les déchets avant qu’ils n’atteignent la mer est la stratégie la plus efficace.
Son organisation a consacré plus de dix ans au développement de la technologie permettant de le prouver. Les chiffres qui sous-tendent cette mission sont alarmants. Ocean Cleanup estime qu'environ 80 % des déchets plastiques destinés aux océans transitent par les 1 000 fleuves les plus pollués du monde.
L'organisation a fixé deux échéances publiques. D'ici 2030, elle souhaite s'attaquer aux principaux points chauds de pollution. D'ici 2040, elle prévoit d'empêcher 90 % des déchets plastiques flottants d'atteindre la mer. Slat estime le coût total de cette campagne à moins d'un milliard de dollars.
Fonctionnement du système d'interception
L'organisation déploie deux technologies principales dans les fleuves. La première consiste en des barrières flottantes qui retiennent les débris charriés par le courant. La seconde est constituée de navires intercepteurs autonomes qui collectent les déchets mécaniquement. Ces systèmes sont actuellement opérationnels en Indonésie, en Inde, en Colombie, aux Philippines et dans les Caraïbes. Ocean Cleanup indique avoir retiré près de 50 millions de kilogrammes de déchets des fleuves et des océans à ce jour.
L'argument principal de l'organisation est simple : la pollution plastique des océans n'apparaît pas soudainement au large. Elle y arrive par les cours d'eau, transportée par les pluies, les inondations et des infrastructures de gestion des déchets insuffisantes. La récupérer au niveau des rivières est moins coûteux et plus efficace que de la récupérer en pleine mer. Slat explique que cette approche pourrait constituer une réussite environnementale rare. Il a déclaré que le monde devrait pouvoir se souvenir d'un avenir où la pollution plastique des océans, autrefois omniprésente, aura été résolue grâce à des actions concrètes.
Le fleuve Motagua : une étude de cas sur l'échelle
Un seul fleuve illustre l'ampleur du problème. Selon Slat, le Motagua, au Guatemala, déverse dans la mer plus de plastique que les 38 pays membres de l'OCDE réunis. Le Monde rapportait en 2023 que le Motagua charrie chaque année des milliers de tonnes de déchets. Parmi les causes, on compte les déversements sauvages et le débordement de la décharge vétuste de Guatemala City. Les dégâts s'étendent au-delà des frontières. Au Honduras, les secteurs de la pêche, du tourisme et les budgets des collectivités locales en subissent tous les conséquences.
Le Motagua a également suscité l'intérêt des scientifiques. Une étude menée en décembre 2025 par l'institut de recherche néerlandais Deltares a examiné le transport des déchets plastiques dans les rivières Motagua et Escondido. Les chercheurs se sont intéressés à l'utilisation de barrières anti-impact pour capturer les débris flottants, notamment lors des crues soudaines. L'étude a confirmé à la fois le potentiel et la complexité de l'interception fluviale. Les courants sont violents. La taille et la densité des débris varient considérablement. Les systèmes doivent fonctionner dans des conditions qui évoluent rapidement.
Le nettoyage des océans Intercepteur 006 à Las Vacas, à l'extérieur de la ville de Guatemala.
Ce que les preuves suggèrent jusqu'à présent
Les recherches de Deltares confèrent une certaine crédibilité technique au modèle de blocage des rivières. Elles ne suffisent toutefois pas, à elles seules, à valider les objectifs mondiaux fixés par The Ocean Cleanup. Ces objectifs demeurent ambitieux et dépendent de la mise en œuvre à grande échelle des opérations dans des dizaines de pays présentant des contextes réglementaires, des capacités infrastructurelles et une volonté politique différents.
La stratégie globale de l'organisation divise le problème en deux volets. Le premier est la prévention : empêcher l'arrivée de nouveaux déchets plastiques dans l'océan par la capture des polluants fluviaux. Le second est la dépollution : éliminer les déchets accumulés dans les vastes zones de pollution. L'association poursuit son action sur ces deux fronts. Ses systèmes de nettoyage des océans ont déjà été déployés dans le vortex de déchets du Pacifique Nord.
L'argument financier avancé par Slat mérite d'être examiné. Investir moins d'un milliard de dollars pour empêcher 90 % des déchets plastiques flottants de finir dans les océans d'ici 2040 est une affirmation audacieuse. À titre de comparaison, l'OCDE estimait en 2022 que la pollution plastique mondiale coûte chaque année des centaines de milliards de dollars aux économies, en raison des dommages causés aux secteurs de la pêche, du tourisme et de la santé. Si le rapport coût-bénéfice se confirme à grande échelle, l'investissement se justifie pleinement.
L'organisation reconnaît que l'interception des déchets fluviaux ne peut à elle seule résoudre l'ensemble de la crise. Les infrastructures de gestion des déchets, l'application des politiques et les changements dans les procédés de fabrication sont autant d'éléments qui contribuent à la solution. The Ocean Cleanup mise sur le déploiement de technologies aux endroits stratégiques et dans les rivières appropriées afin d'infléchir sensiblement la tendance. L'échéance de 2030 constituera le premier véritable test de cette hypothèse.




