Passer à la version à faible émission de carbone

Comment les villes luttent-elles contre les « îlots de chaleur » ?

16 novembre 2024
par Dominic Shales

Les zones urbaines du monde entier sont de plus en plus sensibles aux impacts du changement climatique, en particulier au phénomène connu sous le nom d’effet d’îlot de chaleur urbain.

Cet effet entraîne des températures urbaines nettement plus élevées que celles des zones rurales environnantes en raison de facteurs tels que l’absorption de chaleur et le rayonnement de matériaux comme le béton et l’asphalte, les émissions des véhicules et des climatiseurs, et la perturbation du flux de vent causée par les immeubles de grande hauteur.

Pour relever ce défi, les villes du monde entier adoptent des mesures innovantes. Chicago et Los Angeles, notamment, ont mis en œuvre différents projets pour atténuer la chaleur urbaine. Chicago, historiquement sujette à de fortes canicules, a transformé plus de 500 toits en espaces verts. Ces toitures végétalisées offrent non seulement une isolation naturelle, mais rafraîchissent également l'environnement par évaporation. À Los Angeles, des efforts ont été déployés pour recouvrir les routes d'un revêtement réfléchissant le soleil, visant à réduire la chaleur absorbée par l'asphalte.

Cependant, la rareté des données détaillées sur la température des villes constitue un obstacle majeur à la lutte contre la chaleur urbaine. Ce dilemme est devenu évident pour Jay Sadiq, un entrepreneur d'Abou Dhabi. Alors qu'il menait un projet de développement d'asphalte réduisant la chaleur, Sadiq a constaté que les données actuelles sur la température urbaine étaient insuffisantes. Il a donc lancé FortyGuard, une entreprise qui exploite l'intelligence artificielle (IA) et l'analyse avancée des données pour créer des modèles de température complets pour les zones urbaines.

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Tours de l'île d'Abu Dhabi Al Reem. 

Basée à Abou Dhabi et à San José, FortyGuard collecte une quantité importante de données – environ 32 milliards de points de données par jour – dont les sources restent confidentielles pour des raisons de concurrence. L'entreprise utilise l'IA pour prendre en compte divers facteurs tels que l'altitude de la ville, la végétation et les conditions atmosphériques, offrant ainsi des informations détaillées allant au-delà des simples relevés de température de l'air.

La technologie de FortyGuard a déjà été mise en œuvre dans des projets comme Masdar City, une ville durable expérimentale aux Émirats arabes unis. L'entreprise y a fourni des cartes de température détaillées pour identifier les points chauds, guidant ainsi le positionnement stratégique des arbres et des points d'eau afin de réduire les températures. Les données de l'entreprise, affichant une précision de 89 % pour certaines villes américaines, modélisent les températures avec une granularité de 10 mètres carrés, fournissant ainsi des indications précieuses aux urbanistes et aux promoteurs.

La disponibilité croissante de données détaillées sur la chaleur urbaine offre également des possibilités d'intégration technologique. Jay Sadiq envisage d'intégrer les données de FortyGuard à des plateformes telles que des services immobiliers et de cartographie. Cela pourrait permettre aux futurs propriétaires d'évaluer leur quartier en fonction de la température, ou aux athlètes de tracer des itinéraires plus frais pour leurs activités.

La pertinence de cette technologie se reflète dans les initiatives simultanées d'entreprises de premier plan. Zillow, une importante plateforme immobilière américaine, a récemment commencé à proposer des annonces avec des données complètes sur les risques climatiques, notamment les risques d'incendies de forêt et de chaleur. De même, Google a lancé un outil de résilience thermique conçu pour utiliser l'IA pour évaluer les risques de chaleur dans les villes grâce à des images aériennes et satellite.

Des experts en climatologie urbaine, tels que le professeur James Voogt de l'Université Western Ontario et le professeur agrégé Chao Ren de l'Université de Hong Kong, soulignent la demande croissante de données précises sur la température urbaine. Ils soulignent toutefois que l'efficacité de ces initiatives dépend de la qualité des sources de données et des méthodologies utilisées pour l'entraînement de l'IA.

Les implications des données sur la chaleur urbaine s'étendent au-delà des applications technologiques, à la gestion et à la planification pratiques des villes. Certaines régions excellent dans l'utilisation de ces informations, tandis que d'autres sont à la traîne. Alors que les villes continuent d'explorer les moyens de gérer les effets croissants du changement climatique, le rôle de la technologie dans la fourniture de données et de solutions fiables sera essentiel pour la résilience urbaine future.