OPINION par Haley St. Dennis, responsable des transitions justes, Institut des droits de l'homme et des entreprises
Alors que les gouvernements investissent des milliards dans des stratégies d’énergie propre, une vérité dérangeante demeure : à moins que les personnes marginalisées ne soient placées au centre des solutions climatiques, la transition échouera. - économiquement et écologiquement.
Car la transition énergétique vers des systèmes plus propres et plus écologiques ne se résume pas à des objectifs d'émissions ; il s'agit aussi de savoir si de tels changements radicaux seront acceptés ou rejetés par la population. Et cela dépend de qui a le pouvoir d'agir dans ce processus.
On estime que plus de deux milliards de personnes dans le monde travaillent dans l'économie informelle, sans contrat formel ni protection sociale, ce qui représente bien plus de la moitié de la main-d'œuvre mondiale. Ce chiffre impressionnant illustre à lui seul le potentiel des travailleurs informels pour accélérer la transition. - s’ils disposent des outils, de la responsabilité et de véritables opportunités pour le façonner.
Haley St. Dennis
J'ai pu le constater récemment dans les salines du Gujarat, en Inde, où des dizaines de milliers de femmes récoltent le sel sous la chaleur brutale du désert. - Traditionnellement alimentés au diesel, ils se tournent désormais vers l'énergie solaire. Leur histoire ne se résume pas à la réduction des émissions. Elle illustre comment une technologie adaptée, entre de bonnes mains, peut ouvrir la voie à de puissantes transitions énergétiques tout en créant de nouvelles chaînes de valeur et de nouvelles opportunités économiques.
Le sel : le coût caché d’une marchandise modeste
Le sel façonne les économies depuis des millénaires. La Marche du Sel de Gandhi en 1930 a débuté dans les marais salants du Gujarat où ces femmes travaillent aujourd'hui. Pourtant, cette industrie reste définie par l'exploitation plutôt que par les opportunités économiques.
Aujourd'hui, la plupart des familles de sauniers d'Agariya dépensent jusqu'à 60 % de leurs revenus en pompes diesel pour extraire la saumure du sous-sol, tout en gagnant à peine 2 dollars par tonne de sel, soit une fraction de sa valeur marchande. Les intermédiaires et les vendeurs de carburant empochent le reste, enfermant les familles dans un cycle de pauvreté et d'endettement pour fournir l'un des produits les plus consommés au monde.
La technologie solaire comme libération
Ce cycle a commencé à changer depuis que la SEWA (Association des femmes travailleuses indépendantes) a introduit des pompes solaires. Cette technologie propre a permis de réduire les coûts de 60 % et d'éliminer la dépendance à l'égard des approvisionnements en carburant volatiles.
Mais le changement le plus radical n’était pas technique - C'était une démarche sociale. Pour garantir que les femmes maîtrisent la nouvelle infrastructure, SEWA a formé 1 000 paludiers à la finance et à l'ingénierie solaire. Ainsi, ils sont tous deux propriétaires et responsables de leur infrastructure solaire. Ils peuvent désormais installer, réparer et développer leurs propres systèmes. Certains gagnent même un revenu complémentaire en apportant des solutions solaires à d'autres villages.
Ces femmes dirigent la première coopérative solaire entièrement féminine d'Inde. Cette année, elles ont revendu de l'électricité au réseau pour la première fois. Ces mêmes femmes, autrefois endettées auprès des vendeurs de diesel, sont aujourd'hui productrices d'énergie, transformant leur survie en innovation.
Femmes travaillant sur le projet SEWA. Photo d'Oliver Gordon.
La technologie comme outil de justice
Le secteur climatique considère souvent la technologie comme la seule solution. Mais les Agariyas démontrent que la technologie n'est transformatrice que si elle est associée à la propriété et à la responsabilité. Une pompe solaire est non seulement plus propre qu'une pompe diesel. - c'est un outil permettant de transférer le pouvoir, de redistribuer les revenus et de permettre aux travailleurs marginalisés de contrôler leur avenir.
Si le modèle de SEWA était appliqué à l'échelle du Gujarat, il pourrait permettre d'économiser 115 000 tonnes de CO2 Chaque année, 400 000 tonnes ont été exportées en Inde. Mais au-delà des indicateurs carbone, cela crée des bénéfices sociaux : des femmes bénéficiant d'un travail décent, des communautés résilientes et une part plus équitable de la valeur des chaînes d'approvisionnement mondiales.
Plus de photos du projet SEWA. Crédit photo : Oliver Gordon.
Pourquoi ces histoires sont importantes
Le sel est peut-être humble, mais son histoire est profonde. Elle nous rappelle que la véritable innovation en matière de solutions climatiques ne vient pas seulement de la technologie, mais de ceux qui l'utilisent, la possèdent et en bénéficient.
La transition vers l'abandon des combustibles fossiles est inévitable. La question est de savoir si elle remplacera simplement un système d'exploitation par un autre, ou si elle créera de nouveaux modèles d'équité et d'autonomisation. Il ne s'agit pas seulement d'une question de résultat final, mais de la voie que nous choisirons pour y parvenir.
Au Gujarat, les productrices de sel nous montrent la solution. Leurs pompes solaires ne sont pas de simples machines ; ce sont des outils de renforcement de la résilience. Leur force coopérative n'est pas un simple mirage dans le désert ; c'est un aperçu des modèles qu'il est urgent de reproduire et d'étendre à l'échelle mondiale.
L'Institut pour les droits de l'homme et les entreprises met en lumière des exemples concrets et puissants de transitions justes en action à travers JUST Stories.
Chaque fonctionnalité immersive met en lumière la manière dont les communautés, les entreprises et les gouvernements répondent aux pressions des crises climatiques et des inégalités avec des solutions justes et réalisables, démontrant qu'une transition ancrée dans les besoins et l'action des peuples est nécessaire, réalisable et bonne pour les affaires.




