Passer à la version à faible émission de carbone

Les forages en mer prévus mettent gravement en danger des écosystèmes marins essentiels.

Le 8 juin 2026
par le personnel du CSN

L’expansion prévue des activités pétrolières et gazières en mer représente une menace directe pour certains des habitats marins les plus fragiles au monde, selon un nouveau rapport qui souligne que la poursuite de l’exploitation des énergies fossiles est en contradiction flagrante avec les engagements en matière de biodiversité et de climat. Ces conclusions interviennent alors que les gouvernements subissent une pression croissante pour concilier leurs stratégies de sécurité énergétique avec des objectifs environnementaux juridiquement contraignants.

Là où la menace est concentrée

Le rapport identifie les activités de forage en mer comme un danger croissant pour les aires marines protégées et les zones de forte biodiversité. Les projets d'expansion prévus empiètent sur des écosystèmes qui abritent des stocks de poissons, des systèmes coralliens et des espèces migratrices. Ces habitats sont déjà fragilisés par l'élévation de la température et l'acidification des océans, conséquences des émissions de gaz à effet de serre. L'intensification des activités industrielles dans ces zones aggrave les pressions existantes de manière difficilement réversible.

La répartition géographique des projets prévus est vaste. L'expansion se concentre dans des régions où le contrôle réglementaire des évaluations d'impact environnemental demeure inégal. Dans plusieurs cas, des permis de forage ont été délivrés à proximité de zones que les gouvernements se sont engagés séparément à protéger dans le cadre d'accords internationaux sur la biodiversité, notamment le Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal, adopté en 2022, qui fixe comme objectif la protection de 30 % des océans du globe d'ici 2030.

La tension entre politique énergétique et objectifs climatiques

L'Agence internationale de l'énergie a conclu, dans son rapport historique de 2021 intitulé « Objectif zéro émission nette d'ici 2050 », qu'aucun nouveau gisement de pétrole et de gaz n'est nécessaire pour que le monde atteigne la neutralité carbone d'ici le milieu du siècle. Pourtant, les investissements dans de nouveaux projets en mer se sont poursuivis. Les gouvernements et les compagnies pétrolières nationales ont invoqué des préoccupations liées à la sécurité énergétique, notamment suite aux perturbations causées par l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, pour justifier l'octroi de nouveaux permis d'extraction.

Ce raisonnement a suscité des critiques tant de la part des climatologues que des défenseurs de l'environnement. Selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), le milieu marin absorbe environ 90 % de l'excès de chaleur généré par le réchauffement climatique. L'expansion des infrastructures d'exploitation des combustibles fossiles en milieu océanique crée donc un risque aggravant, accélérant le réchauffement même qui dégrade les écosystèmes environnants.

Pour les investisseurs, les conséquences sont importantes. Le risque d'actifs échoués demeure une préoccupation majeure pour les portefeuilles exposés aux projets offshore à cycle long. Les gisements approuvés aujourd'hui pourraient ne pas atteindre leur pic de production avant une décennie, et d'ici là, l'évolution de la demande dans un contexte de transition énergétique accélérée pourrait les rendre économiquement non viables. Parallèlement, le risque réglementaire s'accroît à mesure que la perte de biodiversité et le changement climatique deviennent des enjeux importants pour la transparence financière.

Lacunes politiques et défaillances de gouvernance

Un problème majeur mis en lumière par le rapport est la fragmentation de la gouvernance. Les engagements climatiques, les promesses en matière de biodiversité et les décisions relatives aux autorisations énergétiques sont souvent pris par différents ministères, avec une coordination limitée. De ce fait, des projets peuvent franchir les étapes d'évaluation environnementale tout en contrevenant aux obligations internationales plus larges d'un pays. Ce manque de coordination structurelle a permis l'expansion de projets dans des zones situées à proximité immédiate de zones protégées.

L’objectif de biodiversité « 30 d’ici 30 », bien que largement approuvé, ne dispose pas des mécanismes d’application nécessaires pour bloquer les activités industrielles incompatibles. À ce jour, la création d’aires marines protégées a devancé la mise en œuvre de restrictions efficaces au sein de ces aires. Dans les faits, certaines aires protégées autorisent des industries extractives en vertu de permis existants, ce qui compromet la valeur de conservation même de cette désignation.

Militants et chercheurs réclament une coordination interministérielle renforcée et l'intégration des effets cumulatifs sur le climat dans les évaluations d'impact environnemental, au lieu d'évaluer les projets isolément. Ils estiment également que les autorités de régulation financière devraient exiger une divulgation plus claire des risques liés à la biodiversité, parallèlement aux informations financières relatives au climat déjà mises en place dans plusieurs juridictions.

Quelles sont les prochaines étapes pour les régulateurs et les investisseurs ?

La publication de ce rapport à l'occasion de la Journée mondiale de l'environnement revêt une importance symbolique, même si les moments les plus décisifs se produiront dans les mois à venir. La prochaine session de négociations climatiques des Nations Unies (COP30), prévue à Belém, au Brésil, en novembre 2025, devrait entraîner un nouvel examen des engagements pris en matière d'élimination progressive des combustibles fossiles. La gouvernance de la biodiversité fera également l'objet d'un examen dans le cadre de l'Accord de Kunming-Montréal, offrant ainsi aux militants un cadre formel pour contester les permis qui contredisent les engagements nationaux.

Pour les investisseurs et les décideurs politiques du secteur des technologies climatiques, la tendance est à un durcissement des restrictions sur l'exploitation des combustibles fossiles en mer. Les juridictions qui s'engagent rapidement à aligner les licences énergétiques sur les obligations en matière de biodiversité et de climat seront probablement confrontées à moins de contestations juridiques et à des coûts de transition moindres à terme.

Ceux qui continuent d'approuver l'expansion dans des zones écologiquement sensibles s'exposent à un risque croissant de litiges, à des risques d'atteinte à leur réputation et au coût éventuel du démantèlement d'actifs que les marchés ne prennent plus en charge.