Le Green Finance Institute a lancé CDR Catalyst, un nouveau programme visant à mobiliser des capitaux privés pour le secteur naissant de la capture du dioxyde de carbone au Royaume-Uni. Cette initiative arrive à un moment où le marché de la capture du carbone est confronté à un décalage persistant entre l'urgence scientifique et le volume d'opportunités d'investissement, les investisseurs institutionnels restant largement à l'écart.
À quoi sert CDR Catalyst ?
Le CDR Catalyst s'attachera à identifier et à lever les obstacles structurels qui empêchent les investissements d'atteindre des projets de captage du carbone à grande échelle. Le Green Finance Institute, organisme indépendant lié à la City de Londres et au gouvernement britannique, présente le CDR Catalyst comme une initiative de développement du marché plutôt que comme un instrument de financement direct. Cette distinction est essentielle. Le secteur britannique du captage du carbone ne dispose actuellement ni des cadres standardisés, ni des données sur les risques, ni des portefeuilles de projets que les investisseurs institutionnels exigent généralement avant d'engager des capitaux.
La capture du dioxyde de carbone englobe un large éventail d'approches, allant des solutions techniques comme la captation directe du CO2 dans l'air aux méthodes naturelles telles que la création de forêts et la restauration des tourbières. Chacune présente un profil de risque, un niveau de pérennité et un coût différents. L'un des principaux défis que devra relever le programme CDR Catalyst est d'intégrer ces approches dans un cadre d'investissement cohérent.
Le déficit d'investissement auquel est confronté le décarbonage au Royaume-Uni
Le Royaume-Uni s'est fixé des objectifs de neutralité carbone juridiquement contraignants en vertu de la loi sur le changement climatique, et le Comité indépendant sur le changement climatique a toujours affirmé que le pays devra éliminer des dizaines de millions de tonnes de dioxyde de carbone par an d'ici 2050. Atteindre cette ampleur nécessite des infrastructures et des capacités qui n'existent pas encore en quantité significative. Le financement privé devra jouer un rôle central, compte tenu des contraintes pesant sur les dépenses publiques.
Le problème fondamental réside dans le fait que la plupart des projets de captage et de stockage du CO₂ (CSC) au Royaume-Uni en sont encore à leurs balbutiements ou à des phases de démonstration. Les sources de revenus sont incertaines et dépendent largement des marchés volontaires du carbone ou des mécanismes d'achat publics encore balbutiants. Le modèle économique du gouvernement britannique pour l'élimination des gaz à effet de serre (GES), qui vise à proposer des contrats à long terme pour des projets CSC techniques, est toujours en développement. En l'absence de perspectives de revenus plus claires, il est difficile de modéliser les rendements ajustés au risque, et la plupart des investisseurs institutionnels hésiteront à s'engager.
Le programme CDR Catalyst semble cibler précisément cette phase précommerciale, où l'absence d'infrastructures d'investissement aggrave le manque d'investissements lui-même. En œuvrant à l'élaboration de normes communes, à l'amélioration de la disponibilité des données et à la mise en relation des promoteurs de projets avec des investisseurs potentiels, ce programme pourrait contribuer à transformer le secteur, actuellement constitué de projets pilotes isolés, en une classe d'actifs cohérente.
Quel est le rôle de l'Institut de la finance verte ?
Le Green Finance Institute a déjà travaillé sur les prêts hypothécaires verts, la finance verte et le financement de la rénovation énergétique des bâtiments. Son approche consiste généralement à réunir les acteurs du marché, à élaborer des cadres d'analyse et à collaborer avec les pouvoirs publics afin d'harmoniser les politiques avec les besoins du secteur privé. CDR Catalyst suit ce modèle.
L'Institut est bien placé pour jouer le rôle d'intermédiaire. Il jouit d'une grande crédibilité auprès du secteur financier et des ministères, et possède l'expérience nécessaire pour traduire des enjeux environnementaux complexes en termes exploitables par les décideurs en matière d'allocation de capitaux. La capacité de cette crédibilité à se traduire concrètement par une mobilisation de capitaux dépendra de la rapidité avec laquelle le programme pourra produire des résultats concrets et de l'évolution du contexte politique.
Le marché volontaire du carbone, sur lequel de nombreux développeurs de CDR comptaient pour leurs premiers revenus, a fait l'objet d'un examen approfondi concernant la qualité des crédits et la pérennité des engagements. Cet examen a suscité la prudence chez certains acheteurs et la méfiance chez certains investisseurs. Un programme visant à établir des normes de qualité plus claires pour les crédits CDR britanniques pourrait répondre directement à cette préoccupation, rendant ainsi cette classe d'actifs plus attractive pour les acheteurs et, par conséquent, plus finançable.
La voie à suivre pour le financement de la capture du carbone au Royaume-Uni
Le succès de CDR Catalyst se mesurera en définitive à sa capacité à générer un portefeuille de projets bancables et à attirer des capitaux engagés, et non aux cadres qu'il publie. Le Royaume-Uni a une réelle opportunité de développer une filière nationale de stockage et de récupération du carbone (CDR) à fort potentiel d'exportation, grâce à son écosystème de recherche, à une géologie offshore propice au stockage du carbone et à son expertise existante dans des secteurs tels que le démantèlement des installations pétrolières et gazières.
Les douze à dix-huit prochains mois seront déterminants. Si le gouvernement finalise son modèle économique pour la capture des gaz à effet de serre et que CDR Catalyst met en place, en parallèle, des normes d'investissement viables, les conditions d'un apport significatif de capitaux privés pourraient se réunir.




